Soir d'été - 2021
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L600P605H895

Au Un brin mélancolique, inondée par le soleil de cette fin d’été, je songe.
Le sable est encore chaud, les orteils affleurent le doux matelas d’ocre clair. Adossée de la pointe des fesses à ce muret dans un antique déhanché, la tiédeur des foraines incite, comme un chat qui machinalement berce sa queue, le bout du pied à y dessiner de amples arabesques.
Je songe, peut-être à une absence, peut-être à un avenir : les canicules. La brise chaude des soirs d’été m’habille. Je respire les raies rouges d’un soleil, touchant et brulant.
Mise en vue, observée. Son corps nu nous fait face. Avec un secret acquiescement à l’abandon il capte le regard.
Je deviens objet parce que l'autre me regarde.
D’abord et, furtivement on aperçoit le brun d’entre les cuisses. Vite oublié, on frôle ce visage aux joues roses en harmonie avec les lèvres. Les pupilles sous des paupières baissées autorisent l’observation, le « dévoilement ». Le regard glisse alors vers les épaules douces et ces bras musclés, survole une poitrine menue, le ventre arrondi, à nouveau survole le pubis puis s’arrête aux genoux, aux cuisses puissantes et massives. Puis on s’attarde ; des pieds pleins, des bras détendus aux mains posées doucement sur les foraines chaudes. Les fesses sont gonflées par la position simplement appuyée. Le dos redressé est relâché. Un maintien dans la souplesse comme savent le faire les danseuses.
Alors je lui renvoie son regard et deviens sujet, et il devient objet de sa propre attention.
Pourtant, il y a quelque chose qui habille, qui voile : le corps est « tatoué », paré de blanc qui laisse moirer le rouge de l’argile, comme une dentelle voilant le nu et laissant transparaitre le brun des tétons. Le mystère du corps féminin, sa mise en scène comme un personnage de Hooper, sa beauté naturelle, cette sur-visibilité, nourrissent le barrage au regard et le rend invisible, insaisissable. Dans son entière nudité, le corps-bouclier empêche une pleine « saisie » et nous renvoie à notre propre image, à notre propre intimité,
Il nous interroge.






